La Côte d’Ivoire renforce ses moyens contre l’orpaillage illégal

La Côte d’Ivoire renforce ses moyens contre l’orpaillage illégal
Une vue de la dotation faite à l'armée Ivoirienne (photo CICG)

Trente pick-up, 35 véhicules de transport de troupes, 300 motos, 12 zodiacs et des drones : le Conseil national de sécurité (CNS) ivoirien a doté, mercredi 30 septembre, les forces engagées dans la lutte contre l’orpaillage illégal d’un important renfort logistique. L’objectif affiché par les autorités est désormais de parvenir à éradiquer le phénomène dans les régions concernées dans un délai de six mois.

La cérémonie, organisée à la caserne de gendarmerie d’Agban-Abidjan, a été présidée par le vice-premier ministre et ministre de la Défense, Téné Birahima Ouattara. Les équipements sont destinés au Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), à la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention ainsi qu’aux unités locales de la gendarmerie et des Eaux et Forêts. Onze régions sont directement concernées par cette nouvelle phase de la mobilisation : la Bagoué, le Bounkani, le Cavally, le Gbêkê, le Hambol, l’Iffou, l’Indénié-Djuablin, le Moronou, la Nawa, le Sud-Comoé et le Worodougou.

« L’Etat de Côte d’Ivoire est déterminé à éradiquer l’orpaillage illégal sur toute l’étendue du territoire national », a déclaré Téné Birahima Ouattara, appelant à une action « dans le strict respect de la loi et des droits des populations ». Il a également insisté sur la nécessité de renforcer le partage du renseignement et la coordination entre les différentes administrations. L’ampleur de la tâche explique le renforcement du dispositif. Selon les données présentées début septembre par le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, plus de 1.600 sites d’orpaillage illégal ont été recensés sur le territoire ivoirien. Le phénomène touche l’ensemble du pays.

La pression exercée par les forces de sécurité s’est pourtant considérablement accrue. Entre juillet 2021 et juillet 2026, près de 8.500 opérations ont été menées, conduisant au déguerpissement de plus de 1.000 sites occupés ou recolonisés. Les opérations ont également abouti au déferrement de 4.665 personnes, à la saisie d’environ 136 kilogrammes d’or, de plus d’un milliard de francs CFA et de 745 pelleteuses, selon le bilan présenté par les autorités. Plus de 15 milliards de francs CFA auraient été consacrés à cette politique depuis 2021.

Le seul bilan de la Gendarmerie nationale pour les sept premiers mois de 2026 donne une idée de l’intensité des opérations : 1.114 sites ont été déguerpis lors de 953 opérations et 1.531 personnes interpellées. Les forces ont notamment saisi 4,4 kilogrammes d’or, 59 pelleteuses, 2.541 motopompes, 244 groupes électrogènes et 255 barres de dynamite.

Ces chiffres traduisent toutefois une difficulté majeure : le démantèlement d’un site ne signifie pas nécessairement la disparition de l’activité. Les autorités reconnaissent elles-mêmes le phénomène de recolonisation de certains sites évacués. Une partie de la nouvelle stratégie vise donc à assurer une présence durable sur le terrain, plutôt qu’à multiplier les opérations ponctuelles.

Un enjeu environnemental et économique

L’orpaillage clandestin ne constitue pas seulement un problème d’ordre public. Il affecte directement les terres agricoles, les forêts et les cours d’eau. Le ministère de l’Environnement estime que l’activité a contribué, entre 2010 et 2020, à la destruction de plus de 20 000 hectares de forêts. Une cartographie réalisée en 2022 avait, pour sa part, identifié 241 sites d’exploitation minière illégale mobilisant plus de 23.000 personnes. Les conséquences sont particulièrement sensibles dans les zones traversées par les principaux cours d’eau. La stratégie annoncée par le CNS prévoit ainsi la création de 21 pelotons de sécurité fluviale chargés de renforcer la surveillance des quatre grands fleuves du pays et de leurs affluents.

L’enjeu est aussi économique. La Banque mondiale estime qu’en 2022, environ 40 tonnes d’or, représentant alors plus de 2 milliards de dollars, auraient quitté illégalement la Côte d’Ivoire. L’institution souligne parallèlement la nécessité de mieux intégrer l’exploitation artisanale dans des circuits légaux, traçables et respectueux des normes environnementales et sociales. Cette dimension est importante dans un pays où l’activité aurifère artisanale constitue également une source de revenus pour de nombreuses populations rurales. La stratégie ivoirienne ne se résume donc plus au démantèlement des sites : les autorités cherchent également à mieux contrôler la chaîne de l’or, depuis l’exploitation jusqu’à la commercialisation.

Lors d’un atelier national organisé début septembre à Yamoussoukro, les autorités ont adopté un plan d’action articulé autour de trois axes : le renseignement et la surveillance, la coordination territoriale et les sanctions. Le dispositif prévoit notamment une meilleure cartographie des sites, le renforcement des systèmes d’alerte et une coopération accrue avec les pays voisins, dont le Liberia, le Mali et le Ghana. Le volet judiciaire doit également être renforcé. Les autorités envisagent notamment de mieux cibler les commanditaires, les financiers et les fournisseurs de moyens matériels, considérant que les opérations contre les seuls exploitants présents sur les sites ne suffisent pas à démanteler les réseaux.

Les interventions menées ces dernières semaines illustrent cette volonté de maintenir la pression. Dans plusieurs régions, les forces ont procédé à la destruction de dragues, concasseurs, motopompes, groupes électrogènes et autres équipements. Le ministère des Eaux et Forêts rapportait ainsi, à la suite d’opérations simultanées conduites le 19 août, la destruction de 326 dragues, 671 concasseurs et 55 motopompes.

Dans le Cavally, à San Pedro et dans le Moronou, les autorités affirment par ailleurs observer une diminution de l’activité sur certains sites déjà traités. La Brigade spéciale de surveillance et d’intervention estime que 80 % des sites qu’elle a traités dans ces zones sont désormais immédiatement abandonnés par les exploitants clandestins. Ce constat reste toutefois celui des services engagés dans les opérations et devra être apprécié dans la durée.

Six mois pour changer d’échelle

Le matériel remis mercredi ne constitue qu’une première tranche. Selon Fidèle Sarassoro, secrétaire exécutif du CNS, les commandes portent au total sur 48 pick-up, 40 véhicules de transport de troupes, 360 motos, 84 zodiacs, une trentaine de drones et dix GPS.

Le choix des moyens révèle les priorités de cette nouvelle phase : mobilité dans les zones difficiles d’accès, surveillance des cours d’eau, renseignement et capacité d’intervention rapide. Les préfets de région sont désormais chargés de coordonner l’action locale et de mobiliser les comités départementaux de sécurité ainsi que les cellules civilo-militaires.

Le calendrier est fixé. Les autorités préfectorales se sont engagées à parvenir à l’éradication du phénomène dans leurs circonscriptions en six mois, à compter du 30 septembre.

Reste le principal défi : transformer une succession de déguerpissements et de saisies en un contrôle durable du territoire. Avec plus de 1.600 sites recensés et une activité qui peut réapparaître après le passage des forces de sécurité, la bataille contre l’orpaillage illégal se jouera autant dans les opérations de terrain que dans la surveillance des réseaux économiques qui permettent à l’activité de se maintenir.